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Anosmie : quand la maladie chasse l’odorat

Publié le: 26 janvier 2026

Sans odeur, les aliments n’ont plus de goût, les souvenirs s’estompent et certains dangers passent inaperçus. En France, près d’un million de personnes seraient touchées par la polypose nasale1, une maladie chronique capable d’altérer l’odorat, faisant basculer l’existence vers un monde privé de saveurs. Lorsque cette perte est totale, on parle d’anosmie. Cette atteinte, souvent méconnue, n’est pas nécessairement permanente. Explications. 

L’odorat, un sens trop souvent négligé²

On parle d’hyposmie lorsque l’odorat diminue, d’anosmie quand il disparaît. L’anosmie touche 2 à 4 %3,4 de la population environ, mais plus d’une personne sur cinq souffre de troubles olfactifs au sens large3,4.

On ne réalise l’importance de l’odorat qu’au moment où il nous fait défaut. Sa perte n’est pas une simple gêne. Elle peut bouleverser une vie. Ce grand oublié de nos cinq sens joue en effet un rôle essentiel dans notre quotidien. Il nous alerte en cas d’incendie ou de fuite de gaz, nous prévient si un aliment est avarié, nous fait saliver devant un plat. Il nourrit notre bien-être émotionnel et contribue à nos interactions sociales.

C’est pourquoi ses conséquences peuvent être graves : 80 % des personnes concernées ressentent un impact physiologique ou psychologique. Plus de la moitié (57 %) constatent une baisse de l’appétit, près d’un tiers (31 %) éprouvent des difficultés relationnelles et 42 % se sentent déprimées2.

Les causes multiples de l’anosmie ⁵

Les origines d’une perte d’odorat sont variées. Certaines personnes naissent sans ce sens. C’est ce qu’on appelle l’anosmie congénitale. Dans 20 % des cas, la perte d’odorat est due à un traumatisme crânien, qui endommage les nerfs olfactifs. Les infections virales, comme l’a brutalement rappelé la pandémie de Covid-19, peuvent aussi altérer la muqueuse olfactive et conduire à un trouble de l’odorat. Les maladies neurodégénératives, comme les maladies de Parkinson ou d’Alzheimer, comptent l’anosmie parmi leurs symptômes précoces.

Il existe aussi des causes liées à des inflammatons du nez et des sinus. Rhinite, sinusite, et sans oublier la polypose nasale moins connue, peuvent entrainer une obstruction des cavités du nez, empêchant les molécules odorantes d’atteindre les récepteurs olfactifs de la muqueuse.

La polypose nasale, une maladie chronique et invisible ⁶

La polypose nasale touche un peu plus de 2 % de la population adulte, représentant environ un million de Français7. Elle apparait généralement entre 30 et 40 ans, bien que le diagnostic soit posé vers 50 ans 7,8. Et elle semble plus fréquente chez les hommes que chez les femmes8,9.

Souvent confondue avec un rhume qui s’éternise, la polypose nasale est donc en réalité une maladie inflammatoire chronique des muqueuses des sinus. Elle se caractérise par la formation d’excroissances bénignes - des polypes – qui se développent entre les sinus, à l’arête du nez, et dans la cavité nasale.

Les symptômes ? Une obstruction des cavités nasales permanente, des écoulements importants de mucus et une perte partielle ou totale de l’odorat. Chez certains patients, la maladie s’accompagne également d’asthme.

Cette maladie est loin d’être anodine, avec des répercussions profondes. Troubles du sommeil, fatigue chronique et symptômes dépressifs sont fréquents, rappelant que l’odorat est un réel enjeu de santé10. C’est une maladie chronique, récurrente et évolutive, sans traitement curatif à ce jour7,11, mais des soins permettent de contrôler les symptômes et d’améliorer la qualité de vie.

Des prises en charge par paliers

Face à une perte d’odorat persistante, la consultation d’un médecin ORL est une étape clé. Elle débute par un interrogatoire détaillé. Le médecin ORL réalisera ensuite une nasofibroscopie, pour repérer la présence de polypes et évaluer leur volume7, à l’aide d’une caméra souple qui explore en profondeur les fosses nasales.

La prise en charge repose d’abord sur des mesures simples. Les lavages réguliers du nez au sérum physiologique aident à éliminer les allergènes, les polluants et les agents infectieux6. Le traitement de fond associe généralement un spray nasal contenant des corticoïdes, utilisé au long court pour réduire l’inflammation6. Des cures de corticoïdes par voie orale peuvent aussi être prescrites ponctuellement6, tout en poursuivant les lavages de nez et l’utilisation du spray nasal.

Lorsque ces traitements ne suffisent pas, la chirurgie entre en jeu pour retirer les polypes et les tissus inflammatoires. L’intervention améliore souvent la respiration et l’efficacité des corticoïdes locaux dans le nez, mais la récupération de l’odorat est incertaine et les récidives peuvent survenir10.  

L’espoir des biothérapies

Ces dernières années ont conduit à de nouvelles perspectives. La recherche a démontré que la polypose nasale est liée à une inflammation de type 2 chez 80 % des patients9. Cette découverte a ouvert la voie à des traitements innovants, appelés biothérapies, afin de bloquer directement la réponse inflammatoire.

Ces thérapies sont indiquées lorsque la chirurgie n’a pas réussi à contrôler durablement la maladie. Elles offrent, en général, des améliorations notables de la qualité de vie, avec une réduction significative des symptômes et la récupération, au moins partielle, de l’odorat12.

Aujourd’hui, la recherche continue de progresser, pour redonner aux patients atteints de polypose nasale du goût à la vie.

Références

  1. Khan A, et al. The Global Allergy and Asthma European Network (GALEN) rhinosinusitis cohort: a large European cross-sectional study of chronic rhinosinusitis patients with and without nasal polyps. Rhinology. 2019;57(1):32-42.
  2. Étude Ifop / Sanofi Genzyme réalisée par un questionnaire auto-administré en ligne du 5 au 10 février 2021, auprès d’un échantillon de 3 013 personnes, de la population française âgée de 18 ans et plus, résidant en France métropolitaine Les Français, la perte d'odorat et la polypose nasale : la grande enquête - Ifop Group – date de consultation : janvier 2026
  3. The Epidemiology of Olfactory Disorders - PMC – dernière consultation : janvier 2026
  4. Olfactory Dysfunction: Etiology, Diagnosis, and Treatment - PMC – dernière consultation : janvier 2026
  5. L'anosmie et ses causes - Anosmie.org – dernière consultation : janvier 2026
  6. Parcours médical de l’anosmie polypose nasale - Anosmie.org – dernière consultation : janvier 2026
  7. P. Bonfils, Q. L., P. Halimi, A. L. Gaultier. Polypose nasosinusienne. Rhinosinusite chronique avec polypes. Oto-Rhino-Laryngol. 2016
  8. The Global Allergy and Asthma European Network (GALEN rhinosinusitis cohort: a large European cross-sectional study of chronic rhinosinusitis patients with and without nasal polyps – PubMed
  9. Epidemiology and differential diagnosis of nasal polyps – PubMed
  10. Prise en charge ORL de la Polypose Naso-Sinusienne de l’adulte - Société Française d’ORL et de chirurgie cervico-Faciale, Association Française de Rhinologie - dernière consultation : janvier 2026
  11. Stratégies de prise en charge de la polypose naso-sinusienne primitive de l’adulte - ScienceDirect – dernière consultation : janvier 2026
  12. Fokkens WJ, Viskens A-S, Backer V, Conti D, De Corso E, Gevaert P, et al. EPOS/EUFOREA update on indication and evaluation of biologics in chronic rhinosinusitis with nasal polyps 2023. Rhinology. 2023;61(3):194–202. doi:10.4193/rhin22.489.