Infarctus du myocarde et cholestérol

Infarctus du myocarde : pourquoi le taux de cholestérol doit être sous contrôle

Souvent mis en doute, le rôle du cholestérol comme facteur de risque majeur de l’infarctus du myocarde est pourtant scientifiquement établi. Un facteur de risque qui concerne 9 millions de Français, dont seulement 6 millions sont dépistés et pris en charge1. Et un enjeu de santé publique quand on sait que 100 000 personnes sont victimes d’une attaque cardiaque chaque année, dont 20% peuvent en mourir dans les 5 ans qui suivent. À l’occasion de la Journée mondiale du cœur, le 29 septembre 2020, le Dr Serge Kownator, cardiologue à Metz-Thionville et Secrétaire général de la Société Française de Cardiologie (SFC) ainsi que Philippe Thébault, Président de l’Alliance du Cœur, font le point.

Quels sont les dangers d’un taux de cholestérol élevé pour notre santé ?

Serge Kownator. - Si le cholestérol est indispensable à la vie, à la résistance de nos cellules et à la fabrication de nos hormones, un « trop plein » de LDL cholestérol, dit « mauvais cholestérol », peut être grave pour notre santé. Il se dépose sur les parois de nos artères, formant des plaques qui peuvent les boucher et empêcher le sang de circuler normalement. C’est à ce titre qu’il est un des facteurs de risque majeurs de maladie cardiovasculaire. Associé au fait de fumer, d’avoir du diabète ou de l’hypertension artérielle, il augmente le risque d’infarctus du myocarde, de maladie coronaire, d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou d’artériopathie des membres inférieurs. Surtout si on est aussi en surpoids, sédentaire ou stressé.

Dr Serge Kownator, cardiologue à Metz-Thionville et Secrétaire général de la Société Française de Cardiologie (SFC)
Dr Serge Kownator, cardiologue à Metz-Thionville et Secrétaire général de la Société Française de Cardiologie (SFC)

Ces dangers sont-ils bien connus ? Par ceux qui sont en bonne santé comme par ceux qui ont déjà été victimes d’un infarctus ?

Philippe Thébault. - Hélas non. Sur 9 millions de Français concernés par une hypercholestérolémie, seuls 6 millions sont dépistés et pris en charge1, alors que les maladies cardiovasculaires tuent chaque année 140 000 personnes2 en France, dont 12 000 à cause d’un infarctus3. Chez les patients qui ont déjà fait un infarctus, la prise de conscience est plus nette mais elle s’érode avec le temps et ce dès la 1ère année, tout comme l’adhésion au traitement, alors que le risque de récidive et de mortalité est alors particulièrement important.

SK. - Certains médias ont malheureusement relayé des discours largement minoritaires remettant en question le rôle du cholestérol dans les maladies cardiovasculaires et alimenté la crainte des statines, qui sont le traitement de référence pour faire baisser la cholestérolémie. Un doute a été instillé dans l’esprit des patients. C’est contre ce doute que nous devons nous battre.

Philippe Thébault, Président de l’Alliance du Cœur
Philippe Thébault, Président de l’Alliance du Cœur

À partir de quand une prise en charge thérapeutique s’impose-t-elle en prévention primaire et où en est-on ?

SK. - Dans tous les cas, on commence par mettre en place des mesures hygiéno-diététiques (alimentation équilibrée, activité physique). La décision de démarrer ou non un traitement dépend du niveau de risque de chaque patient. Autrefois, on recommandait de prescrire des statines à partir de 1,9 g / l de cholestérol LDL et c’est toujours vrai mais le taux de cholestérol « idéal » dépend du niveau de risque de chaque patient. Chez un sujet sportif sans autre facteur de risque cardiovasculaire, les valeurs cibles seront plus élevées que chez un patient qui a déjà fait un infarctus ou a un terrain familial. On décide donc parfois d’intervenir pour des valeurs beaucoup plus basses. Cette prise en charge semble porter ses fruits, selon une étude européenne récente4. 75% des patients consultant un cardiologue y ont moins de 1,16 g / l de LDL cholestérol, valeur cible recommandée par l’ESC (Société Européenne de Cardiologie) chez les sujets à faible risque, et 60% moins d’1g / l. Mais ce n’est pas du tout le cas dans la population générale de 18 à 75 ans, dont 20% a plus de 1,6 g / l…

PT. - Il s’agit d’une situation préoccupante contre laquelle nous luttons, au sein de notre association en lien avec les médecins, via nos supports, nos campagnes et des événements comme les Journées du cœur pour sensibiliser le grand public à ce qu’est le cholestérol et ses dangers, à la nécessité de se faire dépister, à l’importance d’une bonne hygiène de vie, aux conséquences de la malbouffe, etc.

Qu’en est-il de ceux qui font ou ont déjà fait un infarctus ?

SK. - La prise en charge initiale de l’attaque cardiaque est simple et efficace. Elle passe par une hospitalisation en urgence avec toute une série d’examens et une désobstruction rapide. Une fois l’intervention réalisée, le patient se voit prescrire des statines à haute dose pour faire baisser le taux de cholestérol à moins de 0,55 g / l. Si au bout de 4 semaines, et malgré un traitement intensif par statine à la dose maximale tolérée, ce taux n’est pas atteint, d’autres solutions thérapeutiques peuvent être envisagées. Malheureusement, en France, seuls 12% des patients atteignent ce taux cible après un an5. C’est grave quand on sait qu’au-delà de 1 g / l, il y a 36% de risques de récidive en plus et que 73% des récidives de la 1ère année ont lieu au cours des 6 premiers mois6.

Après un infarctus, il faut en effet non seulement aller voir son médecin le plus tôt possible pour être suivi et bénéficier des bons traitements mais aussi y adhérer. Les solutions sont là et elles sont efficaces mais on a encore près d’1 patient sur 3 qui ne prend pas son traitement ou le prend de façon irrégulière .
Philippe Thébault, Président de l’Alliance du Cœur

Il y a donc manifestement un problème de suivi et/ou d’observance ?

PT. - Après un infarctus, il faut en effet non seulement aller voir son médecin le plus tôt possible pour être suivi et bénéficier des bons traitements mais aussi y adhérer. Les solutions sont là et elles sont efficaces mais on a encore près d’1 patient sur 3 qui ne prend pas son traitement ou le prend de façon irrégulière7. Et même chose pour l’hygiène de vie. Lorsqu’ils sont hospitalisés, les patients reçoivent une information complète qu’ils jugent utile à plus de 80 %8 mais qu’ils mémorisent mal, notamment parce qu’ils sont fatigués. De retour chez eux, ils se sentent souvent très seuls. Notre rôle en tant qu’association de patients est de prendre le relai, avec des espaces d’échange et des conseils à la demande. D’autant que ces conseils sont souvent mieux reçus quand ils viennent d’autres patients qui ont traversé les mêmes difficultés.

« Cap Cœur », pour un meilleur parcours de soins après l’infarctus

Pour que les patients ayant fait un infarctus soient mieux suivis et contrôlent mieux leur taux de cholestérol, Sanofi, historiquement engagé en cardiologie, a lancé le programme « Cap cœur ». Mené avec des professionnels de santé, des associations de patients et des sociétés savantes, ce programme prévoit notamment une information systématique du patient à sa sortie de l’hôpital, une fiche de liaison avec son cardiologue et son généraliste, une meilleure coordination entre les acteurs de soins, ainsi qu’un recours accru à la réadaptation cardiaque. L’objectif : contribuer à l’élaboration de filières de soins plus efficaces.

Références

  1. Brochure « Vivre avec du cholestérol », Alliance du cœur
  2. Maladies cardiovasculaires – Ministère des Solidarités et de la santé  - dernière visite Septembre 2020
  3. Infarctus du myocarde – Inserm – dernière visite Septembre 2020
  4. Ray KK et al. Da Vinci Study, ESC 2020
  5. Etude DYSIS II France, J Ferrieres et al, 2017
  6. Étude Jernberg et al, 2015
  7. Toutes maladies cardiovasculaires confondues. Source Alliance du cœur.
  8. Étude « Parcours Patients Post SCA » réalisée par Sanofi avec Ipsos, 2019

Date de publication : Septembre 2020

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