La vaccination de routine, victime collatérale de la COVID-19

Mise à jour de l’article : août 2021

A l’heure où la France lutte toujours contre l’épidémie de COVID-19 et ses variants, les professionnels de santé alertent sur les dommages collatéraux de la crise et invitent au sursaut, notamment en matière de vaccination pour le nourrisson et pour les rappels chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte. Car si les opérations déprogrammées, retards de dépistage ou ruptures dans la prise en charge des patients chroniques pénalisent les intéressés, la chute des vaccinations de routine peut impacter de façon indirecte notre santé à tous. Le point sur la situation vaccinale en France et les mesures à mettre en place rapidement pour rattraper les retards dus à la pandémie.

Rappels de vaccination : 952 000 Français1 en retard

Alors que la vaccination contre 11 maladies est obligatoire en France depuis 2018 pour tous les nourrissons, 81 3001 d’entre eux n’ont pas reçu leur dose de vaccin penta / hexavalent2 entre mars 2020 et avril 2021, à cause de la pandémie. « La vaccination est essentielle pour les protéger de certaines infections graves comme la coqueluche ou la méningite et elle doit commencer à l’âge de 2 mois (8 semaines), explique le Dr Nicole Guiso, ex-Directeur de recherche à l’Institut Pasteur et Ex-Directeur du Centre de référence de la coqueluche. Notre couverture vaccinale, qui était devenue excellente, est en train de diminuer. Même chose pour les rappels chez les enfants, les adolescents comme chez les adultes, pour qui la couverture n’était déjà pas suffisante ». On estime que près d’1 rappel sur 5 n’a pas été fait3. Une chute des délivrances des vaccins antitétaniques (hors nourrissons) correspondant à environ 720 000 doses a pu être observée du 16 mars au 22 novembre 2020. Le haut conseil de santé publique (HCSP) recommande une couverture vaccinale de 90 % chez les adultes. Pourtant, moins d’1 jeune adulte sur 2 était à jour de sa vaccination de rappel en 20174 . On constate que depuis le début de la crise sanitaire, le retard dans la vaccination de routine s’accumule en raison notamment de la crainte de contagion dans les salles d’attente, de la peur de déranger et des confinements successifs.

Des maladies contrôlées pourraient ressurgir

Ces rappels protègent pourtant la population de maladies potentiellement graves, comme la poliomyélite, la diphtérie ou la coqueluche. Elles sont contagieuses et peuvent être sévères à tout âge. « A titre d’exemple, la coqueluche est 5 fois plus contagieuse que la Covid-19 car une personne infectée peut en contaminer 15 à 17 autres, alerte le Dr Nicole Guiso. Et elle peut être mortelle pour un nourrisson. C’est pourquoi il est essentiel que tous les adultes qui l’entourent soient à jour ». La plupart de ces pathologies ont pratiquement disparu, ce qui peut aussi expliquer la timidité de certains à faire leurs rappels de vaccination. « Mais si elles ont été contrôlées, c’est justement parce que la population est vaccinée. Quand notre couverture vaccinale baisse, elles ressurgissent. Dans le contexte actuel, elles peuvent fragiliser des patients COVID et entrainer des formes graves ».

« La vaccination, c’est tout au long de la vie. »

Dr Nicole Guiso, ex-Directeur de recherche à l’Institut Pasteur et Ex-Directeur du Centre de référence de la coqueluche

Combler le retard vaccinal au plus vite

« Les recommandations vaccinales ne sont pas faites au hasard ! C'est pourquoi une surveillance des maladies à prévention vaccinale doit se poursuivre même si un vaccin est efficace et qu'une stratégie vaccinale évolue dans le temps » précise le Dr Nicole Guiso. A ce titre, la Haute Autorité de Santé (HAS) comme l’Académie de médecine sont unanimes : il faut maintenir la vaccination obligatoire des nourrissons à 2, 4, 5, 11, 12 puis 16/18 mois et rattraper au plus vite les retards de vaccination accumulés. Pour ce faire, elles recommandent aux pédiatres et aux médecins généralistes de ne jamais différer les rendez-vous, d’organiser des plages dédiées à la vaccination et de rassurer les parents quant au respect des gestes barrières dans les lieux de soins. Pour les enfants à partir de 6 ans ainsi que les adultes, les rappels peuvent attendre la fin du confinement et doivent suivre au mieux le calendrier vaccinal en vigueur5. Car comme le souligne le Dr Guiso, « la vaccination, c’est tout au long de la vie ».

Le glossaire pour tout comprendre :

Couverture vaccinale :
La couverture vaccinale correspond à la proportion de personnes vaccinées dans une population à un moment donné. Elle est le rapport entre le nombre de personnes correctement vaccinées, c'est-à-dire ayant reçu à un âge donné le nombre de doses requises, et le nombre total de personnes qui auraient dû l’être dans la même population.

Pour en savoir plus

Références

  1. EPI-PHARE. Covid19 : usage des médicaments de ville en France - Rapport 6 - Point de situation au 25 avril 2021
  2. Diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, infections invasives à Haemophilus influenzae de type b, hépatite B.
  3. Données du GERS (Groupement pour l’Elaboration et la Réalisation de Statistiques) à juin 2021.
  4. Vaccination coverage rates for Diphtheria, Tetanus, Poliomyelitis and Pertussis booster vaccination in France between 2013 and 2017: learnings from an analysis of National Health System Real-World Data. C. Marchal, Vaccines - décembre 2020.
  5. Communiqué de l’Académie nationale de Médecine du 28 avril 2020, sur le Calendrier vaccinal des nourrissons et COVID-19.

Hésitation vaccinale : de l’autre côté du miroir

La vaccination a permis de maitriser certaines épidémies comme la coqueluche, la rougeole… et même d’éradiquer des maladies comme la variole. Pourtant, le sujet de l'hésitation vaccinale reste encore bien présent. Explications avec Lewis Carroll.

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