Nanomédicaments et nanobodies : le potentiel prometteur de la nanomédecine

Nanomédicament : Le futur de la médecine est dans l’infiniment petit

Nanomédicament, nanobodies ? La recherche médicale explore les voies de l’infiniment petit. Rencontre avec le Professeur Patrick Couvreur, pionnier des nanomédicaments, et avec Emmanuelle Vigne, du Département Recherches Biologiques France chez Sanofi, dont les recherches sur les nanobodies portent principalement sur l'immunologie et l’immuno-oncologie.

Quatre questions au Professeur Patrick Couvreur, Institut Galien Paris-Sud (Université Paris-Sud/CNRS), spécialiste des nanotechnologies médicales, à l’origine d’un nanomédicament qui pourrait révolutionner la prise en charge de la douleur intense.

Qu’est-ce qu’un nanomédicament et en quoi est-ce intéressant ?

Pr Patrick Couvreur. -  Un nanomédicament est un médicament 50 000 fois plus petit que l'épaisseur d'un cheveu. Il est composé d’une molécule qui va guérir la zone malade et d’un « vecteur » qui va cibler la cellule ou les tissus malades sans endommager les cellules saines autour. La plupart des nanomédicaments sur le marché sont destinés à la cancérologie, un domaine où les médicaments ont majoritairement des effets secondaires importants et notamment une toxicité élevée. D’où l’intérêt des nanomédicaments qui permettent de concentrer le médicament principalement au niveau de la tumeur.

Professeur Patrick Couvreur, pionnier des nanomédicaments

Quel est votre projet de nanomédicament dans la douleur intense ?

Pr P. C.- La plupart des douleurs sont associées à une réaction inflammatoire. Dans le cas de douleurs persistantes inflammatoires chroniques, la morphine est l’anti-douleur le plus prescrit. Or, avec la morphine, si la douleur est supprimée, il y a également un risque d'addiction à cause de son action centrale. D’où l’intérêt de cibler précisément la naissance même de la douleur. Les neuropeptides le permettent. Mais, une fois injectés dans le corps, ils se dégradent trop vite. Pourquoi alors ne pas les « encapsuler » et ainsi les « protéger » jusqu’à la zone à atteindre ? Cela a été tout l’objet de nos recherches.

Quels ont été les résultats ?

Pr P. C.-Nous avons utilisé un lipide naturel, le squalène, qui est présent dans l’organisme, pour envelopper le neuropeptide dans une nanoparticule et ainsi le protéger jusqu’au niveau de la douleur inflammatoire. Des études ont été menées chez la souris et chez le rat et ont confirmé l’absence de toxicité. Le médicament ne passe pas la barrière encéphalique et n’agit donc pas sur les récepteurs centraux, responsables du phénomène d'addiction et de cette manière on évite les effets secondaires de la morphine et de ses dérivés.

Les nanomédicaments permettent de concentrer le médicament au niveau de la tumeur uniquement.
Professeur Patrick Couvreur, Institut Galien Paris-Sud (Université Paris-Sud/CNRS)

Quelle est la prochaine étape de vos recherches ?

Pr P. C.- Il faut maintenant pouvoir réaliser un lot clinique et des investigations toxicologiques réglementaires, ce qui représente un coût d’environ 3 millions d’euros. Je suis en train de réunir les financements nécessaires.

Quatre questions à Emmanuelle Vigne, Responsable des Enabling Technologies au sein du Département Recherches Biologiques France chez Sanofi, sur les nanobodies, une nouvelle voie de recherche chez Sanofi.

Que sont les nanobodies ?

Emmanuelle Vigne. - Les nanobodies, ou « nanocorps » en français, sont une forme de protéine thérapeutique brevetée et développée par Ablynx (filiale de Sanofi). Ils dérivent de fragments d’anticorps naturellement produits par les camélidés (par exemple les lamas), qui ont simplifié et miniaturisé certains de leurs anticorps en supprimant une de leurs chaines. C’est un format plus facile à manipuler et développer en R&D.

Les nanobodies se caractérisent par des propriétés très attractives en termes de production, de stabilité et de reconnaissance d’antigènes. Leur petite taille permet, entre autres, de cibler certaines zones à la surface de protéines peu accessibles aux anticorps conventionnels.

Emmanuelle Vigne, du Département Recherches Biologiques France chez Sanofi

Quelle est la place des nanobodies dans la médecine du futur ?

E. V. – Les nanobodies constituent une arme supplémentaire dans l’arsenal thérapeutique et apportent notamment l'espoir de nouveaux traitements contre le cancer. Ils peuvent être considérés comme des briques moléculaires. Nous pouvons en assembler plusieurs pour ne former qu’une seule molécule dirigée contre plusieurs cibles pathologiques. Ils ont toute leur place dans la génération de médicaments complexes mettant en œuvre des modes d’action plus puissants et/ou plus spécifiques.

Quels sont les autres avantages des nanobodies ?

E. V. – Du fait de leur petite taille, ce sont aussi des outils prometteurs pour l’imagerie et le diagnostic. En effet, certains nanobodies radiomarqués ou fluorescents produisent une excellente qualité d’image. D’où l’intérêt de les utiliser tant dans des tests de diagnostic de laboratoire que pour de l’imagerie médicale.

Nous travaillons en ce moment à l’élaboration de molécules qui permettront de réactiver le système immunitaire contre les cellules tumorales de patients atteints de cancer.
Emmanuelle Vigne, Département Recherches Biologiques France, Sanofi

Sur quoi portent vos recherches ?

E. V. - Nos recherches et celles de nos collègues d’Ablynx portent principalement sur l'immuno-modulation en inflammation et en oncologie. Cette dernière approche, assez récente, vise à restaurer l'immunité contre le cancer. Nous travaillons en ce moment à l’élaboration de molécules qui permettront de réactiver le système immunitaire contre les cellules tumorales de patients atteints de cancer.

Le glossaire pour tout comprendre

  • Nanomédicament : un nanomédicament se compose à la fois d’un principe actif et d’un vecteur. Il mesure un milliardième de mètre. Ce médicament d’une extrême précision a la particularité de transporter le principe actif directement sur la zone à traiter. Il a ainsi la capacité de traiter sa cible, sans attaquer et endommager les tissus ou cellules l’entourant.
  • Nanobodies (ou nanocorps) : cette biotechnologie est développée par Sanofi : elle s’attache à transformer un anticorps d’architecture simple en une substance dont la taille est dix fois plus petite que celle des anticorps monoclonaux conventionnels. Les nanobodies conservent les propriétés de spécificité des anticorps nécessaires pour développer des traitements très bien ciblés, et leur petite taille permet de les assembler en des molécules capables d’atteindre plusieurs cibles simultanément.
  • Anticorps monoclonal : il s’agit d’un anticorps fabriqué par une seule cellule clonée. Les anticorps monoclonaux sont des molécules à haute spécificité grâce à leur capacité de reconnaissance unique.

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