L’officine de demain : vers plus de conseils et de services

Regards croisés sur l’officine de demain

Bilans de médication, vaccination, préparation de doses administrées, suivi de traitement… Portées par les nouvelles technologies et par un nouveau système de financement, les officines se tournent vers plus de conseils et de services.

Philippe Gaertner, Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et Gilles Bonnefond, Président de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine, nous éclairent sur les enjeux de la pharmacie de demain.

Une profession en pleine transformation

La nouvelle convention pharmaceutique, mise en place depuis le 1er janvier 2018 pour trois ans, prévoit une évolution du rôle du pharmacien d’officine pour répondre aux enjeux de santé actuels. Le décret relatif aux nouvelles missions des pharmaciens prévues par la loi hôpital, patients, santé et territoires (HPST), donne ainsi au pharmacien la possibilité de proposer des conseils et des prestations destinés à favoriser l’amélioration ou le maintien de l’état de santé des personnes : vaccin, portage, préparation de doses administrées, entretiens pharmaceutiques, bilans de médication, accompagnement des patients sous chimiothérapie orale et actions de prévention.

La rémunération en officine ne sera plus – à terme – liée au prix et aux volumes des médicaments mais à l’acte de dispensation. La marge commerciale, fortement exposée aux baisses de prix, sera ainsi transformée progressivement en honoraires pour chaque ordonnance exécutée. « L’impact des baisses des prix des médicaments reste considérable dans la rémunération des pharmaciens. Ce nouveau mode de rémunération peut être un levier clé pour stabiliser l’économie et garantir la qualité de service », souligne Philippe Gaertner.

Le pharmacien, garant du bon suivi du médicament en vie réelle

Pour Gilles Bonnefond, « il est nécessaire que le pharmacien – au-delà de l’acte de dispensation – accompagne les patients et leur apporte un suivi dans la prise des traitements ». À travers sa nouvelle organisation, l’officine va d’après lui pouvoir contribuer au bon suivi, en vie réelle, du médicament. Le patient respecte-t-il son traitement ? Le protocole de soin est-il adapté ? Faut-il revoir la posologie ? Autant d’informations précieuses que les pharmaciens pourront faire remonter auprès des professionnels et autorités de santé.

« Entre vieillissement de la population, développement des pathologies chroniques et sortie hospitalière précoce, les enjeux de l’organisation du système de santé sont nombreux », nous rappelle Gilles Bonnefond. D’après lui, le métier de pharmacien étant un métier généraliste, l’officine peut devenir un maillon fort pour relever ces défis. « Qu’il s’agisse d’effectuer un suivi de chimiothérapie, de soigner une plaie, ou de répondre à des questions de santé publique, le pharmacien est qualifié pour répondre à des situations très variées et bénéficie de la confiance des patients ». Le décret prévoit d’ailleurs que le pharmacien sera le référent de la bonne information concernant les messages officiels de santé publique. Un bon moyen de lutter contre la désinformation.

« L’accompagnement du patient dans le parcours de soins est lui aussi au cœur des enjeux de santé publique. Eviter les ruptures, les incompréhensions lors des passages hôpital-ville, contribuer au travail coordonné entre les différentes professions de santé prenant en charge le patient, participer à la meilleure compréhension du parcours proposé et des médicaments prescrits,... autant de situations où les pharmaciens d’officine et hospitaliers sont et doivent être ceux qui entourent et confortent les patients dans leur prise en charge », ajoute Philippe Gaertner.

La technologie au service d’une meilleure coordination entre les acteurs de santé

Avec la carte vitale, la transmission automatisée des ordonnances et bientôt avec l’e-prescription, l’officine a toujours été très proche des évolutions technologiques. « Le pharmacien peut devenir une véritable interface et garantir le bon usage de ces outils », souligne Philippe Gaertner. Un constat partagé par Gilles Bonnefond qui rappelle que le Dossier Médical Partagé (DMP) – carnet de santé numérique désormais entièrement accessible aux pharmaciens – sera « la bibliothèque du patient ». Le DMP est d’après lui un outil qui va permettre aux médecins, aux pharmaciens et à tous les professionnels de santé de travailler de façon coordonnée. « Cette coordination est indispensable car elle permettra de gagner du temps et d’organiser au mieux le suivi du patient. La sortie hospitalière par exemple, doit être plus nettement anticipée pour que le traitement et l’accompagnement soient disponibles dès que le patient en a besoin », précise-t-il. Le pharmacien fait donc plus que jamais partie intégrante de l’équipe de soins, avec un accès aux antécédents du patient, aux comptes rendus biologiques, à l’état des vaccinations, etc.

« Le défi pour demain, rappelle Gilles Bonnefond, consiste à mettre en place une nouvelle stratégie de territoire ». Le DMP va d’après lui faciliter ce travail, en permettant de construire les CPTS (Communautés Professionnelles Territoriales de Santé). L’objectif : permettre à l’ensemble de la population, peu importe son lieu d’habitation, d’avoir accès à des soins de qualité.

« La télémédecine apparaît aussi comme une solution efficace pour pallier la désertification médicale », estime Philippe Gaertner. D’après lui, ce type de dispositif a toute sa légitimité dans l’officine, permettant ainsi à un patient de pouvoir consulter un médecin à distance dans un lieu ou un autre professionnel de santé (le pharmacien) qui pourrait ensuite l’écouter et l’accompagner.

Enfin, si l’industrie pharmaceutique reste avant tout la spécialiste du médicament, Gilles Bonnefond et Philippe Gaertner s’accordent à dire qu’elle a aussi son rôle à jouer dans l’évolution du métier du pharmacien d’officine. Comment ? En réfléchissant, par exemple, à « des outils permettant d’optimiser la communication d’une information spécifique autour d’un médicament », comme le propose Philippe Gaertner, ou à des outils intelligents qui permettraient de faire circuler l’information en temps réel à toutes les parties prenantes du système de santé et ce, dès la mise sur le marché de nouvelles molécules, comme le suggère Gilles Bonnefond.

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