L’intelligence artificielle : un allié précieux dans la recherche contre le cancer

Les startups françaises mobilisent l’intelligence artificielle pour lutter contre le cancer



L’intelligence artificielle (IA) est un précieux allié dans la lutte contre le cancer, une pathologie qui selon les dernières estimations de l’INCa concerne 3,8 millions de personnes en France. Recourir aux algorithmes peut améliorer la prise en charge des patients. Mais les enjeux sont également économiques : en pleine croissance, le marché français de la e-santé, estimé entre 2,2 et 3 millions d’euros en 2016, affiche un potentiel prometteur*.

La France, qui compte de prometteuses startups dans le domaine de l’IA appliqué au cancer, doit pousser son avantage. Éclairage avec Rosalie Maurisse, directrice innovation santé chez BPI France.

Quelle place pour l’IA dans le parcours de soin en cancérologie ?

Rosalie Maurisse. - L’aide au diagnostic concentre les projets les plus matures, tels que ceux de Therapixel et Hera-Mi (cancer du sein), VitaDX (cancer de la vessie) ou Damae Medical (cancer de la peau). Grâce à la combinaison d’algorithmes de traitement d’images et au machine learning, il s’agit de rendre les dépistages plus performants, plus précoces et moins invasifs. Mobilisée pour explorer les big data, l’IA contribue à enrichir la connaissance autour de la maladie, dans le but de développer de nouveaux médicaments ou d’améliorer les traitements existants (Owkin). Novadiscovery, grâce aux simulations informatiques, optimise les essais cliniques. D’autres startups encore, à l’instar de TheraPanacea, misent sur l’IA pour prédire la réponse d’un patient à un type de thérapie – l’immunothérapie en l’occurrence. Le champ d’application de l’IA est vaste. On pourrait encore évoquer son potentiel pour optimiser l’organisation des soins ou le suivi en temps réel des patients.

Rosalie Maurisse, directrice innovation santé chez BPI France

Comment peut-on expliquer le succès des startups françaises dans ce domaine ?

RM. - L’excellence de la recherche académique française, à travers des organismes tels que le CNRS, y est pour beaucoup. De nombreuses startups émanent de laboratoires de recherche publique, dont elles valorisent les découvertes. Les formations supérieures fournissent également de talentueux experts dans les spécialités liées à l’IA. De plus, la France bénéficie d’un vaste réservoir de données de santé, centralisées par la CNAM. Or, dans le domaine de l’IA, l’accès aux données est essentiel. Consécutive à la remise du rapport Villani, la création d’un « Health Data Hub » va accompagner le développement de solutions innovantes avec le partage et la valorisation des données entre les différents acteurs. Enfin, il faut évoquer une dynamique d’investissement favorable, en témoigne l’action de Bpifrance (dont 20% des financement des aides à l’innovation sont réalisés dans le secteur de la santé), et le rôle positif des aides et dispositifs fiscaux destinés à encourager l’innovation – à l’instar du CIR. L’UE est également une chance pour les entreprises françaises, ouvrant les portes d’un marché de taille à rivaliser avec ceux sur lesquels opèrent leurs concurrents américains ou asiatiques.

Pourquoi est-ce stratégique que des entreprises françaises réussissent dans ce domaine ?

RM. - Pour se prémunir d’éventuels biais dans les algorithmes, il est préférable que voient le jour des solutions entraînées à partir de données de patients français et/ou européens. De même, les solutions doivent être adaptées aux spécificités de notre parcours de soin. Enfin, d’un point de vue économique, la constitution de monopoles pourrait mettre à mal notre système de santé : ambitions des GAFAM en matière de e-santé, arrivée d’acteurs asiatiques dans la course à l’IA. Nous avons un savoir-faire à valoriser, et à exporter : l’IA comme composant d’un dispositif médical est une opportunité de créer des emplois et de la richesse.

BPI France participe à l’initiative EASI Paris Région, menée par Sanofi pour dynamiser la filière santé francilienne. Quelle est son utilité ?

RM. - L’initiative EASI [pour l’Excellence Académique, Scientifique et Industrielle, NDR] est une vitrine pour la filière e-santé d’Île-de-France, région qui concentre près de 80% des startups de la MedTech et BioTech. C’est surtout un lieu d’échange, propice à l’éclosion de projets multidisciplinaires. On voit combien le rapprochement de l’informatique et des disciplines médicales s’avère fertile. Il faut continuer à croiser les savoirs. La microfluidique (manipulation des fluides à l'échelle micrométrique), qui est à la croisée de la physique et de la biologie, est ainsi très prometteuse.

 

Référence

*Rapport Pipame, 2016


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