Le visage de la santé en 2030

Que peut-on attendre de la médecine du futur ?

Bouleversée par une vague d’innovations sans précédent, la médecine est également confrontée à une transition épidémiologique majeure, liée au vieillissement de la population et au poids croissant des maladies de civilisation*. Parue en mars, l’étude Santé 2030 – Une analyse prospective de l’innovation en santé menée par le Leem (l’organisation professionnelle des entreprises du médicament) et le think tank Futuribles, éclaire les transformations à venir dans le monde de la santé.

Isabelle Delattre, responsable éditoriale Innovation & Santé au Leem a co-dirigé cette étude. Elle revient sur les défis qui attendent les acteurs de la santé pour propulser la France dans la médecine du futur.

Comment est née l’étude « Santé 2030 »…?

Isabelle Delattre. - En 2010, le Leem a produit une étude intitulée « Santé 2025 ». Les attentes étaient alors concentrées sur les progrès des sciences du vivant. Dix ans plus tard, la donne a changé. Le vieillissement de la population, le dérèglement climatique et nos modes de vie (alimentation, stress, sédentarité…) entraînent une transition épidémiologique inédite. La démocratisation de l’accès à l’information médicale a modifié le rapport des patients à la médecine. Surtout, une vague d’innovations technologiques déferle sur le monde de la santé, soulevant des espoirs inédits ainsi que des craintes légitimes.

…et sur quelle méthodologie s’appuie-t-elle ?

ID. - Pour comprendre ces ruptures et dresser l’inventaire des chantiers à ouvrir dès maintenant pour construire la médecine de demain, nous avons réuni un comité scientifique. Celui-ci a décidé des grandes orientations de l’étude. Puis nous sommes allés recueillir l’avis des meilleurs experts, dans chacun des domaines observés. L’enjeu était d’adopter un regard prospectif sans tomber dans la futurologie. Il s’agissait d’être le plus concret possible pour nourrir les réflexions des acteurs du monde de la santé.

Quels sont les vecteurs d’innovation évoqués dans l’étude ?

ID. - Les sciences du vivant continuent de progresser, et les projets les plus prometteurs sont le fruit de l’alliance entre les disciplines : génétique, épigénétique, exploration des données de santé par des algorithmes, nanotechnologies, microfluidique, étude du microbiote*, immunothérapie, médecine régénérative*, vaccination…

Au total, nous avons identifié 14 vecteurs d’innovation, susceptibles d’accélérer les progrès de la recherche, du diagnostic, de la prévention, des thérapies et de l’accompagnement des patients. Tous n’ont pas le même degré de maturité : l’immunothérapie traite déjà avec succès certains cancers, tandis que la médecine régénérative n’en est qu’au stade de la preuve de concept (deux malades atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ont ainsi recouvré partiellement la vue après une thérapie cellulaire en 2018).

Parallèlement, nous avons réalisé des projections sur les progrès thérapeutiques à l’horizon 2030, en ciblant principalement le cancer et les maladies du cerveau.

Quel sera le visage de la médecine à horizon 2030 ?

ID. - Il faut ici évoquer les maladies de civilisation : 40 % de la population sera allergique en 2030, la prévalence du diabète a doublé ces vingt dernières années, 40 % des cancers sont considérés comme évitables, les troubles mentaux apparaissent de plus en plus précocement.

Toutes les innovations permettant une compréhension plus fine des facteurs de risque et mécanismes des pathologies devraient permettre d’aller vers davantage de prévention, en portant une plus grande attention à nos modes de vie et à la qualité de notre environnement.

L’autre enjeu des années à venir sera le parcours de soin avec une construction de ce parcours par pathologie qui doit permettre de tirer profit des progrès en cours. Cela implique une collaboration plus étroite entre acteurs médicaux de la recherche, de l'hôpital et de la médecine de ville, ceci pour favoriser le virage ambulatoire et le maintien des personnes les plus âgées à domicile – sachant qu’en 2030 les plus de 65 ans représenteront un quart de la population française et souffriront en moyenne de 4 à 6 pathologies.

« Les sciences du vivant continuent de progresser, et les projets les plus prometteurs sont le fruit de l’alliance entre les disciplines : génétique, épigénétique, exploration des données de santé par des algorithmes, nanotechnologies, microfluidique, étude du microbiote, immunothérapie, médecine régénérative, vaccination… »
Isabelle Delattre, responsable éditoriale Innovation & Santé au Leem

Beaucoup d’innovations évoquées dans l’étude impliquent une évolution en profondeur de notre système de santé. Quels chantiers doivent être menés ?

ID. - Il y a un nouvel équilibre à trouver entre les procédures d’évaluation des nouveaux traitements, impliquant des essais cliniques souvent longs et coûteux, et un cycle d’innovation qui s’est considérablement raccourci. Il faut parvenir à concilier les principes élémentaires de précaution et l’accès précoce pour les patients aux solutions thérapeutiques innovantes, en particulier lorsqu’il n’existe, pour une pathologie donnée, aucun traitement efficace à ce jour. L’apport de l’IA pour analyser les données et réaliser des simulations, ainsi que l’individualisation des essais cliniques, vont dans ce sens. Il faut également mieux anticiper l’arrivée des innovations et rendre le parcours de soin plus agile, pour l’adapter efficacement. D’ici 2025, on projette que 20 % de la population souffrira d’affections longue durée, celles-ci occasionnant 80 % des remboursements.

Dans ce contexte, l’innovation en santé devra être efficiente : efficace et économiquement viable. Aussi, les questionnements éthiques devront être placés au cœur des réflexions pour accompagner les transformations à venir.

Enfin, la France reste très attachée à son système de santé solidaire. Les innovations en santé doivent profiter à tous, pour ne pas accentuer les inégalités sociales et territoriales en matière d’accès aux soins pointées dans l’étude. Il s’agit, ici, de choix véritablement politiques.

Quels progrès en 2030 ?

D’ici 2030, les progrès auront concernés l’ensemble des champs du diagnostic, du traitement, de la compréhension des maladies et de l’accompagnement des malades. C’est surtout la richesse de l'arsenal thérapeutique, la capacité à mieux identifier les gènes ou encore la puissance des algorithmes de l'intelligence artificielle qui rendront les médicaments plus personnalisés, et mieux adaptés. En 2030, il y aura alors peut-être autant de protocoles de traitement que de personnes malades.

Dans le domaine du cancer

Objectif en 2030 : création d’un nouvel atlas du cancer qui résumera toutes les connaissances dans une perspective thérapeutique et intégrative.

Concrètement, quels sont les enjeux d’ici 2030 ?

Détecter en amont, élargir l’arsenal thérapeutique, développer la prévention, anticiper les phénomènes de résistance des cellules malignes.

Les avancées d’ici 2030, dans :
  • le diagnostic : nouveaux algorithmes décisionnels issus de l’intelligence artificielle,
  • les traitements : des associations immunothérapies, traitements épigénétiques (médicaments qui agissent sur les mécanismes épigénétiques pour éliminer les marquages anormaux) et traitements ciblés seront les traitements en vigueur,
  • la compréhension : atlas immunologique du cancer,
  • l’accompagnement des patients : la qualité de la guérison et l'après-cancer deviennent un champ important de recherche et de prise en charge, au même titre que le cancer.

Dans le domaine des maladies rares

Objectif en 2030 : fin de l’errance diagnostique

Concrètement, quels sont les enjeux d’ici 2030 ?

Adapter le dispositif réglementaire à la spécificité des maladies rares, assurer l’accès des malades aux médicaments innovants, constituer une base de données intégrée, connectée et internationale, assurer l’accès des malades aux médicaments innovants, développer un système incitatif pour la R&D industrielle.

Les avancées d’ici 2030, dans :
  • le diagnostic : diagnostic pour tous,
  • les traitements : mise sur le marché de nombreux médicaments pour répondre aux besoins des patients en attente de traitements,
  • la compréhension : base de données exhaustive des mécanismes associés aux maladies génétiques.

*Le glossaire pour tout comprendre

  • Maladies de civilisation : maladies liées au style de vie dont la fréquence d’apparition semble augmenter au fur et à mesure que les pays deviennent de plus en plus industrialisés et que les gens vivent plus longtemps. Parmi elles, les maladies cardiovasculaires, le diabète, l’asthme, l’ostéoporose, etc.
  • Médecine régénérative : la médecine régénérative est une stratégie thérapeutique encore en cours de développement, visant à réparer une lésion ou un organe malade grâce à des cellules souches qui vont se différencier pour remplacer les cellules lésées ou malades.
  • Microbiote : le microbiote est l’ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, parasites et champignons) vivant dans un environnement spécifique.

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