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Biocapteurs : chacun peut-il devenir son propre médecin ?

Bracelets, montres, balances, vêtements bardés de capteurs… Étonnamment, la démocratisation des objets connectés « de santé » n’a pas révolutionné la pratique médicale. Et pour cause : ces appareils d’auto-mesure* n’offrent pas toujours la fiabilité promise. Cependant, une deuxième génération de biocapteurs* connectés arrive. Souvent créés par des médecins, ces dispositifs ont vocation à intégrer le parcours de soins pour améliorer la prise en charge des patients, depuis le dépistage jusqu’au suivi des maladies chroniques, en passant par la simplification logistique des essais cliniques.

Une nouvelle génération de biocapteurs connectés, enfin fiables pour un usage médical

La startup allemande Mentalab, créée par le cardiologue Sebastian Herberger, a développé des patchs pectoraux adhésifs, qui peuvent être portés en continu. Couplés à une application mobile et à une plateforme d’analyse des données dans le cloud, ces biocapteurs permettent de monitorer avec précision des maladies chroniques telles que l’apnée du sommeil, les troubles respiratoires et les arythmies cardiaques. « L’écart entre les technologies médicales et les technologies grand public se réduit », affirme Sebastian Herberger. « Toutefois, la plupart des capteurs connectés ne produisent pas encore beaucoup de données significatives d’un point de vue médical. Cela s’explique par la qualité des composants, mais aussi par le design des objets et des applications qui les accompagnent. » La convivialité et l’aspect ludique prennent souvent le pas sur l’exactitude des informations fournies à l’utilisateur, ainsi que le révélait une enquête de la DGCCRF en 2017.

Un travers contre lequel s’inscrit la nouvelle génération de biocapteurs connectés. Car l’enjeu est majeur: «Nos systèmes de santé sont confrontés au vieillissement de la population et à l’explosion des maladies chroniques. Incontournables pour la prescription, la réalisation et l’analyse d’examens diagnostiques, les médecins sont submergés. » Les nouveaux biocapteurs enregistrent des données pendant des périodes longues, en vie réelle, les corrèlent avec des facteurs environnementaux et les analysent au travers de modèles prédictifs. Si bien que leur fiabilité égale ou dépasse celle des dispositifs traditionnels.

Des applications multiples

Le développement de ces technologies pourrait soulager les médecins d’une surcharge de travail, éviter de coûteuses hospitalisations et améliorer l’accessibilité (financière et géographique) des examens diagnostiques. Du dépistage des populations à risque jusqu’au suivi des patients dans les régions rurales, les applications des biocapteurs sont nombreuses. Une autre startup berlinoise a eu l’idée de greffer aux montres des patients atteints de Parkinson un petit accéléromètre, qui permet de suivre au jour le jour l’évolution des symptômes et d’adapter le traitement. Une capsule électronique à ingérer, made in France, permet quant à elle de relever la température du corps toutes les 30 secondes, prévenant ainsi les infections post-opératoires. Avec de tels outils, le suivi des patients est renforcé. C’est, en tout cas, l’un des objectifs que se donne le fondateur de Mentalab. Les essais cliniques pourraient, eux aussi, tirer profit des biocapteurs, en permettant aux laboratoires de constituer une cohorte de patients sans les réunir physiquement, tout en monitorant leurs constantes vitales à distance. Une « dématérialisation » susceptible d’augmenter les taux de participation, en rendant les protocoles moins contraignants pour les patients.

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« La communauté médicale a tout intérêt à contribuer à l’amélioration de ces dispositifs d’auto-mesure, qui constitueront l’un des piliers de la médecine de demain, préventive et plus personnalisée. »

Sebastian Herberger, fondateur de Mentalab

L’auto-mesure, premier pas vers l’auto-médecine ?

La complexité inhérente aux dispositifs médicaux implique des cycles d’innovation longs. Trop longs, au point que certains patients s’impliquent personnellement pour accélérer la mise au point de solutions innovantes, à l’image des diabétiques de type 1 regroupés autour du projet OpenAPS. Ces derniers reprogramment leurs pompes à insuline dans le but de construire, collectivement, un « système pancréatique artificiel » open source que les industriels pourront utiliser dans leur matériel afin que l’ensemble des malades en profite. Globalement, la « MedTech » s’invite lentement dans les pratiques. Le fondateur de Mentalab est pourtant optimiste : « La communauté médicale a tout intérêt à contribuer à l’amélioration de ces dispositifs d’auto-mesure, qui constitueront l’un des piliers de la médecine de demain, préventive et plus personnalisée. »

Chacun peut-il pour autant devenir son propre médecin ? « Certaines maladies comme le diabète sont aujourd’hui bien connues. Le traitement peut être en grande partie auto-administré, grâce à des outils de mesure portatifs. Dans le cas de maladies plus complexes, il s’agit d’outiller le médecin pour prendre les meilleures décisions thérapeutiques, et le libérer de tâches dont les technologies peuvent s’acquitter avec une fiabilité égale ou supérieure. »

Une fois les challenges technologiques relevés, d’autres défis, logistiques ceux-là, s’offriront à nos systèmes de santé, pensés autour du rôle central du médecin traitant : comment mettre à disposition ces dispositifs connectés, au bon moment et aux bonnes personnes ? Enfin, la généralisation de l’usage des biocapteurs connectés s’accompagnera d’exigences accrues quant à la protection des données personnelles de santé. Sebastian Herberger en est convaincu : « Les avantages l’emporteront sur les doutes ! ».

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*Le glossaire pour tout comprendre

  • Biocapteur : les biocapteurs sont des instruments de mesure qui associent de manière intégrée un élément biologique (enzyme, anticorps, cellule végétale ou animale, fragment d'ADN, lipides…) et un transducteur physique (électrode, fibre optique, quartz piézoélectrique…). Cette association permet l'étude d'une grande variété de substances d'intérêt pharmaceutique susceptibles d'interagir avec l'élément biologique. Celui-ci sera choisi selon le domaine d'application envisagé et sur la base des critères de performances analytiques souhaitées. Source : https://www.em-consulte.com/en/article/87675
  • Auto-mesure : dans le domaine médical, l’automesure désigne les différentes mesures, conscientes et volontaires, de paramètres de santé effectuées par le patient lui-même, qu’il soit malade ou pas. Alors que les premières auto-mesures ont été celles du poids et de la température, elles se sont élargies et portent aujourd’hui sur la prévention, le diagnostic ou la surveillance d’un grand nombre d’états pathologiques : hypertension, diabète, asthme, causes d’obésité ou d’amaigrissement, états infectieux, etc.

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