Ces technologies numériques qui bouleversent les méthodes de Recherche & Développement

La R&D pharmaceutique à l’heure du numérique

Sanofi mise sur une stratégie numérique à 360°. C’est-à-dire une révolution complète. R&D, activités industrielles, commerciales et fonctions support : toutes les composantes de l’entreprise sont concernées par l’adoption de technologies numériques qui bousculent les modes de travail. Éric Genevois-Marlin, Head of Digital and Data Science for R&D, accompagne cette transformation pour la R&D. Avec une ambition : accélérer la découverte et le développement de nouveaux traitements pour les patients.

À quels défis répond la transformation numérique de la R&D ?

Éric Genevois-Marlin. - Face à la complexité des pathologies ciblées aujourd’hui (cancers, maladies neurodégénératives…), la recherche prend davantage de temps. L’innovation dans l’industrie pharmaceutique connaît donc un ralentissement, en dépit d’investissements croissants. Dans ce contexte, les outils numériques renouvellent notre approche de la R&D. Les techniques d’Intelligence Artificielle (IA) permettent notamment d’extraire davantage de connaissances des données que nous générons et du large volume de données supplémentaires auquel nous pouvons avoir accès.

En combinant expertise biologique, données et IA, il devient par exemple possible d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques, et même de nouvelles indications pour des traitements existants. La digitalisation répond également au besoin de rationaliser nos activités de R&D. Alors que le coût de développement d’un nouveau traitement est en constante augmentation1, les technologies numériques peuvent contribuer à augmenter les probabilités de succès lors du développement d’une nouvelle molécule.

Justement, quelles technologies vous semblent les plus prometteuses dans l’optique d’accélérer la R&D ?

EGM. - J’évoquerai d’abord l’IA, dont les domaines d’application sont nombreux. Je revendique toutefois un optimisme prudent : les résultats sont fonction du volume de données disponibles, de leur adéquation avec le problème posé et de leur qualité. Nous sommes encore en phase d’expérimentation. Les dispositifs tels que les biocapteurs connectés, le plus souvent couplés à des applications mobiles, apportent déjà des bénéfices concrets. Ils permettent de collecter des données « de vie réelle » et donc de mieux comprendre les mécanismes de certaines pathologies, la réaction métabolique d’un patient à un traitement. De plus, il devient envisageable de dématérialiser en partie les essais cliniques. Les progrès de l’imagerie médicale sont également spectaculaires. Et puis il y a des technologies aux applications médicales plus surprenantes, dont la R&D pourrait tirer profit. Qui aurait pu imaginer que la reconnaissance vocale puisse être utilisée comme outil de diagnostic ?

En combinant expertise biologique, données et IA, il devient par exemple possible d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques, et même de nouvelles indications pour des traitements existants.
Éric Genevois-Marlin, Head of Digital and Data Science for R&D

Quelle est la feuille de route de Sanofi en termes de digitalisation de sa R&D ?

EGM. – Notre feuille de route se structure autour des 4 sous-domaines de nos activités R&D : Recherche, Développement, « Chemistry, Manufacturing and Controls » (CMC) et Activités Réglementaires. Dans la Recherche, nous voulons développer l’automatisation des expérimentations et intensifier l’usage de l’IA pour explorer les données chimiques, biologiques, génétiques, génomiques… Le but : repérer les cibles optimales, designer de nouvelles molécules, identifier de nouveaux biomarqueurs.

Au sein de l’activité « Développement », nous utilisons de plus en plus de données en vie réelle pour mieux comprendre, stratifier les sous-populations, optimiser nos protocoles ou définir des références précises pour nos futurs essais cliniques. Cela nous permet d’améliorer le ciblage, mais aussi l’exécution des essais cliniques. 

Dans le domaine du CMC, qui concerne la production des médicaments à destination des essais cliniques, nous mettons à profit les techniques de simulation numérique pour anticiper les interactions éventuelles entre les excipients et le principe actif et réduire ainsi le temps passé à trouver les bonnes formulations. Ainsi, le projet « iLab », pour lequel Dassault Systèmes nous accompagne, vise à transformer l’ensemble de nos laboratoires en « laboratoires numériques », dans lesquels on éradique les processus basés sur le papier, qui ralentissent le partage des données et présentent des problématiques de conformité importantes.

Enfin, la digitalisation concerne également nos Activités Réglementaires qui veillent à la conformité des produits de l’entreprise aux réglementations en vigueur. Le vaste portefeuille de produits géré par Sanofi induit la gestion d’une grande quantité de documents. Nous avons centralisé ces documents au sein d’une base de données unique. Depuis, nous pouvons exploiter des techniques de Natural Language Processing pour faciliter la gestion de cette base documentaire. Il sera bientôt possible d’établir de manière automatique une partie des documents nécessaires pour solliciter la mise sur le marché d’un nouveau traitement auprès des Autorités de santé.

Cette feuille de route, définie en septembre 2019, vise à obtenir des résultats probants d’ici 3 ans. Il existe d’autres domaines d’applications auxquels nous réfléchissions, mais il est essentiel que nous nous concentrions d’abord sur quelques sujets pour démontrer la validité de nos hypothèses.

L’équipe Digital and Data Science for R&D a été créée pour superviser cette transformation numérique qui concerne près de 9 000 personnes dans le monde. La France est aux avant-postes ; les activités de R&D de Sanofi y sont en effet historiquement implantées et l’environnement est très favorable à l’innovation en e-santé. La formation des ingénieurs et mathématiciens est d’un excellent niveau, et nous subissons sans doute moins ici qu’aux États-Unis la concurrence des GAFAM[2] dans la guerre des talents.

À votre avis, quels autres impacts pourrait avoir la révolution numérique sur la recherche médicale ?

EGM. - Les laboratoires pharmaceutiques n’ont plus le monopole de l’innovation en santé. Des startups, souvent créées sur la base d’un transfert de technologie, développent des solutions très ciblées. D’autre part, les géants du web s’intéressent à la santé, forts des données qu’ils détiennent et de la puissance de calcul dont ils disposent. L’avenir appartient donc à ceux qui sauront nouer les partenariats les plus adéquats…

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34 BIS à Montpellier, 1er FabLab chez Sanofi

Le 6 février 2020, Sanofi a inauguré le « FabLab 34 BIS » sur son site R&D de Montpellier, portant à quatre le nombre d’espaces dédiés à l’innovation collaborative implantés sur les différents sites hexagonaux de Sanofi afin de diffuser la culture de l’innovation et du numérique. Cet espace met à la disposition de tous les collaborateurs les moyens techniques et les compétences nécessaires pour donner vie à une idée, depuis sa conception jusqu’à la réalisation d’un prototype fonctionnel. « La cobotique, c’est-à-dire la collaboration homme-robot, constitue l’un des axes de travail majeurs à Montpellier au même titre que la réalité virtuelle ou l’impression 3D. Le site qui héberge la chaîne de production et de distribution des médicaments destinés aux essais cliniques permet d’envisager des premiers cas d’usages intéressants notamment pour automatiser certaines étapes des processus qui sont répétitives et fastidieuses, et souvent source de TMS (Troubles Musculo-Squelettiques) pour les opérateurs », explique Stéphane Gilles, Coordinateur du 34 BIS.

Pour mener à bien ces projets, le FabLab s’entoure de partenaires issus de l’écosystème local Altran, IBM, école Polytech, Mip Robotics, Wesprint  qui échangent leur expertise contre l’accès à des problématiques auxquelles ils peuvent confronter leurs technologies.

Au total, une quinzaine de projets sont déjà en cours ou livrés. Parmi eux, la création d’un cache, imprimé en 3D pour les lames d’analyse cellulaire, qui facilite l’observation des cellules par immunofluorescence lors des tests d’inactivation des virus contenus dans les vaccins ou encore un module de visite virtuelle d’un laboratoire réalisé à l’aide de la technologie vidéo 360°.

Point d’entrée et accélérateur pour l’innovation, le FabLab est un lieu où se révèlent les compétences insoupçonnées de certains collaborateurs. « Le 34 BIS est fréquenté par une population mixte – sexe et âge. Et c’est un grand motif de satisfaction, car l’innovation est moins liée à la maîtrise des outils numériques qu’à un état d’esprit intrapreneurial, que nous essayons d’essaimer. »

Le FabLab 34BIS de Sanofi sur le site R&D de Montpellier

Ouvrir les champs du possible avec le FabLab 34BIS

Retour sur l’inauguration de ce laboratoire de fabrication qui va contribuer à multiplier les synergies en interne, renforcer l’ouverture vers l’écosystème local et régional et être une ressource à la disposition des autres sites de Sanofi. Bienvenue dans un lieu d’ébullition et de prototypage !

DECOUVRIR LE FABLAB 34BIS

*Le glossaire pour tout comprendre

  • FabLab : ce terme vient de la contraction de l'anglais « fabrication » et « laboratory ». Le concept a été défini par Neil Gershenfeld du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il vise à mettre à disposition un « laboratoire de fabrication » ouvert et communautaire, où les « makers » peuvent y trouver les outils, notamment digitaux, mais aussi des compétences et les savoirs pour la conception de projets et la réalisation d'objets innovants. Les FabLab représentent à ce jour un réseau mondial très actif que ce soit dans le domaine public ou dans les entreprises.

     

  • Cobotique : ce néologisme fusionne les concepts de « coopération » et de « robotique ». Son principe est la coopération entre l’être humain et un robot, et non pas le remplacement de l’un par l’autre. L’objectif est d’atteindre un objectif commun, de manière transdisciplinaire, en recherchant les meilleures interactions possibles entre l’homme et la machine. C’est une technologie en devenir à laquelle les industriels sont très attentifs.

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Références

  1. Voir sur ce sujet les chiffres rassemblés par le Leem, Les entreprises du médicament.
  2. GAFAM : acronyme pour Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft

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