Le développement du Self-Care en France

Covid-19, un accélérateur du développement du Self-Care en France

Mis sous tension par la pandémie de Covid-19, le système de santé français a su faire face grâce à l’engagement de tous ses acteurs, en ville comme à l’hôpital. Cette crise a aussi révélé l’importance stratégique de disposer en France d’une offre Self-Care suffisante. En effet, ces solutions de santé (médicaments de prescription médicale facultative, dispositifs médicaux, compléments alimentaires) constituent un pilier de notre système de prévention et de santé, en permettant un accès rapide et efficace des patients français aux soins, pour les maux du quotidien.

Vincent Cotard, directeur Santé Grand Public, Sanofi France, et Luc Besançon, délégué général de l’Afipa, représentant les industriels du secteur, partagent leur vision sur le rôle et l’avenir du Self-Care en France.

Comment le marché du Self-Care a-t-il réagi à la crise du Covid-19 ?

Luc Besançon - A l’annonce du confinement, il y a d’abord eu un afflux important des patients dans les pharmacies pour constituer des stocks de produits de première nécessité, puis, pendant le confinement, le recours aux professionnels de santé a fortement baissé, en particulier dans les cabinets médicaux. La fréquentation des pharmacies a, elle aussi, diminué, mais les achats moyens étaient plus importants et la demande de certains médicaments de prescription médicale facultative (sans ordonnance) a augmenté, en particulier pour les affections des voies respiratoires. On a pu observer que certains achats, comme ceux de compléments alimentaires, se sont reportés sur l’officine. La crise a été un révélateur de changements dans la typologie officinale. Les officines rurales ou de proximité ont en effet moins souffert de la crise que les officines habituellement à fort trafic, situées dans les centres commerciaux ou en zones touristiques. Contrairement à d’autres pays, les ventes en ligne sont restées stables. Enfin, dès le début de la pandémie, certains laboratoires ont adapté leur production pour fournir en urgence du gel hydroalcoolique.

Luc Besançon, délégué général de l’Afipa
Luc Besançon, délégué général de l’Afipa

En tant qu’acteur essentiel du marché du Self-Care, comment Sanofi a-t-il fait face ?

Vincent Cotard - Nous avons d’abord été confrontés à un défi industriel et de distribution, pour répondre à l’explosion de la demande de paracétamol et assurer les approvisionnements de nos clients pour servir l’ensemble des patients. Il a d’abord fallu sécuriser nos approvisionnements en matières premières, ce que nous avions anticipé dès janvier. Ensuite, au plus fort de la crise en mars-avril, le site de Lisieux, dédié à la production du paracétamol, a augmenté sa production de 1 million à 1,5 millions de boîtes par jour, tandis que notre site de Compiègne doublait sa capacité (450 000 boîtes par jour). Nos plateformes de distribution d’Amilly et de Saint-Loubès ont doublé leur activité sur la base du volontariat pour préparer et livrer les commandes. Avec cette mobilisation record, nous avons évité les ruptures et 46 millions de boîtes ont ainsi été distribuées à nos 15 640 clients. Mais nous étions conscients que la hausse extrêmement brutale de la demande en paracétamol pouvait entraîner des risques de mésusage, compte tenu du surstockage effectué par les Français. Nous avons donc prévenu très précocement les autorités de santé (ANSM), pour convenir d’un mode de dispensation adapté, permettant la sécurité de la production et celle des consommateurs. Cette action a eu pour conséquence directe la parution de l’arrêté du 23 mars 2020 et a contribué aussi à éviter les ruptures.

Vincent Cotard, directeur Sanofi Grand Public chez Sanofi France
Vincent Cotard, directeur Santé Grand Public chez Sanofi France

L’impact de la crise sur le marché sera-t-il durable ?

LB. - Dans la crainte d’une deuxième vague, voire de vagues successives, on s'attend à ce qu’une partie des modifications de comportements observées perdure, comme la baisse de fréquentation des très grandes pharmacies. Les usagers respectent les mesures de distanciation, ils font la queue et circulent moins dans les pharmacies. À l’avenir, il sera peut-être nécessaire de revoir la disposition des produits dans l’espace officinal. Une chose est sûre, cette crise a rendu davantage visibles les acteurs du Self-Care et les pharmaciens qui se sont mobilisés de façon responsable et réactive. C’est un signal très positif pour l’avenir.

VC. - Certains changements amorcés avant la pandémie, comme la hausse des téléconsultations et la digitalisation de l’officine, se sont accélérés. La livraison de médicaments à domicile devrait par exemple continuer à augmenter. Dans cette période, nous avons appris à adapter notre relation avec nos clients et nos consommateurs. La crise a notamment accéléré notre digitalisation avec la prise de commandes à distance sur l’ensemble de nos gammes. Nous avançons également sur plusieurs solutions de dépistage ou de diagnostic qui doivent nous permettre de répondre, au-delà du médicament, aux attentes du système de santé en matière de prévention et d’accompagnement en santé. A titre d’exemple, nous travaillons avec la start-up américaine Luminostics à la mise à disposition d’un auto-test diagnostique Covid-19 innovant et pratique sur smartphone qui sera vendu en officine et réalisable à domicile.

Une chose est sûre, cette crise a rendu davantage visibles les acteurs du Self-Care et les pharmaciens qui se sont mobilisés de façon responsable et réactive. C’est un signal très positif pour l’avenir.
Luc Besançon, délégué général de l’Afipa

Quels sont les freins au développement du Self-Care en France ?

LB. - En France, l’offre de médicaments accessible sans ordonnance, un des segments du Self-Care, est plus réduite que dans d’autres pays, du fait des mesures règlementaires des dernières années. Certains médicaments ont été « relistés » (prescription rendue obligatoire) ou retirés du libre accès en officine. De plus, on a tendance en France à associer la notion de remboursement et de prescription médicale à la notion d’efficacité. Pourtant, plus de 30 molécules de prescription médicale facultative sont classées comme médicaments essentiels par l’Organisation Mondiale de la Santé. Il faut que les mentalités changent.

VC. – En France, il existe un frein culturel fort, avec l’habitude dans la population d’un reste à charge très limité. Pourtant, il faut savoir que les médicaments d’automédication sont moins chers chez nous que dans les pays voisins (5€ la boîte en moyenne). Nous avons également un cadre réglementaire très strict et la vente en ligne n’est pas autorisée comme elle peut l’être déjà dans d’autres pays. Mais je suis confiant, car les choses s’accélèrent. Nous voulons travailler avec les pharmaciens pour développer le Self-Care et le positionner au cœur de leur métier tout en montant en puissance sur la digitalisation de notre offre.

Comment intégrer le Self-Care dans les réflexions sur le parcours de santé ?

LB. - Le Self-Care a une empreinte forte sur l’économie française. 60 à 70% des produits sont fabriqués en France ou en Europe, ce qui est supérieur aux médicaments de prescription. Pendant la crise, les acteurs du secteur du Self-Care ont montré leur réactivité et leur résilience, et nous avons pu constater à quel point la souveraineté en matière de santé est importante. Le développement du Self-Care permettrait d’améliorer l’accès aux soins, sécurisé par le pharmacien, et de réaliser des économies pour la sécurité sociale notamment en évitant des visites médicales non nécessaires. Pour cela, les autorités doivent considérer un élargissement de l’arsenal de traitements accessibles directement en pharmacies (Switchs OTC). Pour assurer et quantifier le bon usage et rassurer les autorités, l’Afipa encourage une inscription systématique de toute dispensation dans le dossier pharmaceutique par les pharmaciens.

Le champ de la prévention en santé est encore trop restreint dans notre pays et les axes de développement du Self-Care sont nombreux, si l’on prend en compte les attentes et les besoins individuels des consommateurs français en matière de bien-être.
Vincent Cotard, Directeur Santé Grand Public, Sanofi France

Comment Sanofi peut-il contribuer au développement du Self-Care ?

VC – En tant que leader sur le marché du Self-Care, nous sommes convaincus que le champ de la prévention en santé est encore trop restreint dans notre pays et que les axes de développement du Self-Care sont nombreux, si l’on prend en compte les attentes et les besoins individuels des consommateurs français en matière de bien-être. Notre culture et notre ancrage au sein des territoires sont une force que nous souhaitons pleinement mobiliser pour être un ambassadeur du Self-Care et construire son développement pérenne, aux côtés de l’ensemble des acteurs du secteur.

Quels enseignements retenir de cette crise pour l’avenir ?

VC – Nous avons beaucoup appris de cette crise, et l’agilité que nous avons développée sera essentielle pour accompagner les évolutions du marché et faire face à un éventuel retour de l’épidémie. La période que nous traversons est un incroyable accélérateur du développement du digital. En officine, la digitalisation est désormais une tendance de fond, et on assiste à une demande accrue des pharmaciens pour des solutions connectées (ex : applications mobiles, dispositifs connectés…) afin de renforcer leur mission de conseil. A l’avenir, il y a tout à parier qu’avec le digital et des approches technologiques de plus en plus ciblées, le Self-Care se rapprochera de la « médecine de spécialités », chaque solution ayant été pensée pour répondre aux attentes du consommateur en tant qu’individu.

LB – L’apport des produits de Self-Care à la gestion de crise Covid-19, dans la prévention et le traitement des premiers symptômes de la maladie (douleur et fièvre) ou dans la réponse adaptée aux maux du quotidien (sans consultation médicale) est indéniable. Il est donc essentiel qu’à l’avenir le Self-Care soit réellement intégré dans la stratégie nationale de prévention et de santé. Notre système de santé s’en portera mieux et nous répondrons aussi à une attente des patients pour plus d’autonomie.

Le Self-Care en France

Le Self-Care est la prise en charge par chacun de sa santé et de son bien-être (nutrition, bonne hygiène de vie, prévention de la santé…). Les produits du Self-Care (médicaments de prescription médicale facultative, dispositifs médicaux, compléments alimentaires) sont disponibles sans ordonnance.

- 80% des Français ont recours à des médicaments ne nécessitant pas une ordonnance(1)
- Chiffre d’affaires Self Care 2019 : 3,7 Mds € (stable versus 2018), soit 10 % des ventes en pharmacie(2)
- 1 médicament sur 7 vendu en pharmacie est un médicament de prescription médicale facultative(3)

Sanofi Santé Grand Public propose des médicaments, des compléments alimentaires, des dispositifs médicaux et des cosmétiques en vente libre. Il accompagne le parcours de santé dans les univers de la douleur, des troubles digestifs, des maux d’hiver, du stress et du sommeil.

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Références :

(1) Etude Harris Interactive pour AFIPA– Automédication : Quel est le comportement des Français en 2018/2019 ?
(2) Baromètre AFIPA 2019 – Communiqué de presse du 6 février 2020
(3) Baromètre AFIPA 2018

Dernière mise à jour : 21 juillet 2020

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