Vaccination contre la grippe : le nouveau rôle du pharmacien



À partir de l’automne 2019, les personnes identifiées « à risque » de grippe sévère ou compliquée pourront se faire vacciner contre la grippe dans toutes les pharmacies de France ayant obtenu la validation par l’Agence Régionale de Santé. Le bilan de l’expérimentation menée en 2018 dans quatre régions est en effet très positif. Plus de 743 000 personnes ont été vaccinées en officine, dont 23 % pour la première fois.

Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens et Alexis Berreby, cofondateur du groupement de pharmaciens Leadersanté, reviennent sur les enjeux de cette mesure destinée à améliorer la couverture vaccinale.

Initialement réservée aux médecins, aux infirmiers et aux sages-femmes, la vaccination contre la grippe a fait l’objet d’une première expérimentation en officine en 2017 dans 2 régions et a été étendue en 2018 à 4 régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. Elle a rencontré un grand succès aussi bien auprès des pharmaciens que des patients.

Dans ces 4 régions, près de 8 officines sur 10 ont joué le jeu et vacciné dès la première année. « La demande des patients a également été très forte. 60 866 personnes de plus de 70 ans, qui recevaient un bon de vaccination depuis 5 ans mais ne faisaient pas la démarche d’aller chez leur médecin, ont ainsi pu être vaccinées pour la première fois, souligne Carine Wolf-Thal. 4 millions de personnes franchissent chaque jour la porte d’une officine, le pharmacien est le seul professionnel de santé disponible sans rendez-vous, présent sur tout le territoire. Cette proximité lui confère un rôle majeur dans le parcours vaccinal. Grâce aux nouvelles missions qui lui sont attribuées (la vaccination, le Dossier médical partagé (DMP), les bilans de médication partagés…), il devient un acteur de santé de plus en plus important et notre métier vit un tournant historique ».

Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens

Faciliter l’accès à la vaccination des plus fragiles

Dès l’automne 2019, les personnes pour qui la vaccination grippale est recommandée – personnes de 65 ans et plus, patients atteints de certaines maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque ou respiratoire…), femmes enceintes et personnes souffrant d’obésité morbide - pourront ainsi se faire vacciner directement en pharmacie sans ordonnance. Ce qui devrait permettre d’augmenter la couverture vaccinale et de réduire les effets de la grippe saisonnière, qui touche chaque année 2 à 6 millions de personnes et occasionne en moyenne 9 000 décès en France.

Pour faire face à leur nouvelle mission, les pharmacies se préparent. À commencer par la formation des équipes qui démarre dès le mois d’avril 2019. « Nous avons aussi besoin de créer une zone de confidentialité facilement accessible et d’organiser le planning, pour augmenter la fluidité et minimiser l’attente. L’objectif est de proposer de vacciner directement chaque personne concernée par les recommandations vaccinales de la grippe saisonnière, qui se présente avec une prescription ou un bon de délivrance. Cette démarche proactive de conseil et de service associés est un changement de paradigme et une vraie révolution pour les pharmaciens », souligne Alexis Berreby.

Alexis Berreby, cofondateur du groupement de pharmaciens Leadersanté

Proches, accessibles, capables de rassurer les patients sur la vaccination et d’assurer un suivi des éventuels effets indésirables, les pharmaciens seront bientôt des acteurs essentiels de la vaccination contre la grippe. Demain, elle pourrait être étendue à d’autres vaccinations. « Dès que les pouvoirs publics auront pris leur décision, les pharmaciens répondront présents », assure Carine Wolf-Thal.

Trois questions à Serge Montero, Directeur Général de Sanofi Pasteur France

Serge Montero, Directeur Général de Sanofi Pasteur France

Que pensez-vous de la nouvelle mission des pharmaciens dans la vaccination contre la grippe ?

Serge Montero. - Les personnes « à risque » de grippe grave ne prennent pas toujours la peine de se procurer le vaccin en pharmacie, puis de retourner chez le médecin ou l’infirmière pour être vaccinées… Faciliter et multiplier les accès permet de lever ces obstacles. Les pharmaciens deviennent à ce titre des acteurs essentiels de la vaccination, cela va aussi dans le sens de la remédicalisation de leur métier. Les infirmières et les sages-femmes, qui peuvent déjà vacciner dans certains cas, sont elles aussi des relais importants.

Comment Sanofi Pasteur accompagne-t-il les pharmaciens dans cette nouvelle mission ?

SM.- En tant que premier producteur mondial de vaccins contre la grippe saisonnière – environ 200 millions de doses produites par an – notre première mission est d’assurer un approvisionnement suffisant. Notre rôle est aussi d’aider les pharmaciens d’officine à se former et à former leurs équipes sur la maladie et la vaccination. Nous les aidons aussi à identifier quelles sont les populations recommandées et à trouver les mots qui rassurent, mettent en confiance afin de les protéger grâce à la vaccination.

Comment augmenter les couvertures vaccinales ?

SM.- L’information et l’éducation sont primordiales. C’est en augmentant la connaissance et en répondant aux questions et aux inquiétudes que les fausses informations, souvent très médiatisées, seront contrecarrées. Nous éviterons ainsi des résurgences épidémiques comme celle de la rougeole, une maladie très contagieuse qui peut être mortelle : une personne en contaminant 20 en moyenne, il faudrait que 95% de la population soit vaccinée ! Depuis un peu plus de deux ans les pouvoirs publics ont repris les choses en main, car c’est leur domaine de légitimité.

Par ailleurs, les autorités de santé ont aussi demandé à la Commission Technique des Vaccinations de réfléchir à l’autorisation d’autres vaccinations par les pharmaciens d’officine, les infirmières et les sages-femmes : les rappels chez les adultes et les vaccins destinés aux voyageurs sont parmi les possibles candidats. Le rapport est annoncé d’ici la fin de l’année.

Quelques chiffres-clés…

  • Environ 50% des personnes « à risque » de grippe sévère ou compliquée sont aujourd’hui vaccinées en France. L’OMS recommande un taux de couverture vaccinale de plus de 75%.
  • Au 28 janvier 2019, la couverture vaccinale des personnes à risque de grippe sévère ou compliquée était en hausse de +1,2% par rapport à la saison 2017/18