Mieux traiter l’insuffisance cardiaque grâce au projet PACIFIC

Projet PACIFIC : collaborer pour mieux soigner l’insuffisance cardiaque



Lancé le 21 janvier 2019, le projet PACIFIC permettra de redéfinir l’Insuffisance Cardiaque à Fraction d’Éjection Préservée (ICFEP), une forme d’insuffisance cardiaque de plus en plus fréquente, dont le diagnostic et la prise en charge restent à l’heure actuelle mal codifiés. Objectif à terme : améliorer la qualité et l’espérance de vie des patients et réduire le poids de la maladie sur les dépenses de santé.

Interview croisée du Pr Jean-Sébastien Hulot, Cardiologue Pharmacologue Professeur à l’AP-HP (Hôpital Européen Georges Pompidou) qui coordonne le projet, et du Dr Philip Janiak, Directeur de Recherche Cardiovasculaire et Métabolisme chez Sanofi.

Qu’est-ce que l’Insuffisance Cardiaque à Fraction d’Éjection Préservée (ICFEP) et comment impacte-t-elle les personnes qui en souffrent ?

Pr Jean-Sébastien Hulot. - Deux grands types d’insuffisance cardiaque (IC) sont aujourd’hui identifiés, l’Insuffisance Cardiaque à Fraction d’Éjection Réduite (ICFER) et l’Insuffisance Cardiaque à Fraction d’Éjection Préservée (ICFEP), dont la proportion est passée en vingt ans de 38 à 54% des cas, et continue à augmenter notamment du fait du vieillissement de la population. Invalidante et chronique, l’ICFEP touche principalement les femmes âgées, pénalisées par une qualité de vie dégradée (essoufflement, fatigue à l’effort ou au repos). Son pronostic est mauvais : une personne sur deux décède dans les cinq ans qui suivent le diagnostic.

Pr Jean-Sébastien Hulot, Professeur en cardiologie à l’AP-HP (Hôpital Européen Georges Pompidou)
Pr Jean-Sébastien Hulot

Comment pèse-t-elle sur le système de santé et en quoi est-ce un enjeu majeur de santé publique ?

Dr Philip Janiak. - L’insuffisance cardiaque affecte 1 million de personnes en France, c’est la première cause d’hospitalisation non programmée. Elle représente 1% des dépenses de santé annuelles en France, soit 1,6 Milliards d’euros par an. C’est une maladie qui pèse lourd ! L’ICFEP, quant à elle, touche 500 000 personnes en France, ce n’est donc pas une maladie rare. Son coût atteint 1 à 3% des coûts hospitaliers totaux en raison d’un taux de ré-hospitalisation important (25 à 30% par an), soit environ 1,1 Milliards d’euros par an.

Dr Philip Janiak, Directeur de Recherche Cardiovasculaire et Métabolisme chez Sanofi.
Dr Philip Janiak

Pourquoi l’ICFEP est-elle décrite comme le plus grand besoin médical non satisfait en cardiologie, et quels sont les défis auxquels doit répondre la recherche ?

PJ. - L’ICPEP est une maladie multiforme et très hétérogène, associée à de nombreuses comorbidités affectant à des degrés variables le cœur, les reins, les vaisseaux, les poumons… Il n’existe pas actuellement de critères de diagnostic adéquats. Le diagnostic et la prise en charge reposent sur un diagnostic d’exclusion, d’où une errance thérapeutique et de nombreuses hospitalisations.

JSH. - Malgré des investissements en recherche clinique, le diagnostic fin des causes réelles de l’ICFEP reste un défi pour la médecine. A ce jour, aucun traitement spécifique n’a fait ses preuves pour réduire la mortalité ou les hospitalisations. Pour cerner cette maladie complexe et multiforme, les chercheurs ont compris que des études limitées au cœur ne suffisaient pas.

Quelle est l’ambition du projet PACIFIC, et comment a-t-il vu le jour ?

PJ. - Le projet PACIFIC a pour objectif de redéfinir l’ICFEP, c’est-à-dire de caractériser et de stratifier les patients dans des sous-groupes plus homogènes. Les progrès récents de l’intelligence artificielle (Machine Learning) permettent une investigation globale des patients, afin de développer une médecine de précision à travers un diagnostic basé sur des critères d’inclusion. Présenté par Sanofi dans le cadre de l’appel à projets « Projet de R&D Structurant pour la Compétitivité (PSPC) de la recherche médicale française », PACIFIC a fait l’objet d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par Sanofi et Servier en 2017, conjointement avec le pôle de compétitivité Médicen Paris Région, auquel ont répondu plusieurs entreprises. Lancé officiellement le 21 janvier 2019, le projet PACIFIC s’étendra sur cinq ans.

Quels sont les acteurs impliqués et quel est le rôle de chacun ?

PJ. - Le projet PACIFIC  rassemble en un solide consortium huit partenaires clé de la santé en France aux expertises complémentaires : 2 industriels (Sanofi, leader du projet, et Servier), 2 partenaires publics (l’AP-HP et l’Inserm) et 4 PME (BioSerenity, Casis, Fealinx et Firalis). Celles-ci ont été retenues parmi 24 PME auditionnées, pour leurs compétences complémentaires et parce qu’elles sont déjà implantées sur leur marché. Elles développeront des technologies et logiciels innovants de mesure et d’analyse de données biologiques, hémodynamiques, d’imagerie et d’aide au diagnostic.
Ainsi Firalis développera un test de diagnostic innovant (CardioPanel) basé sur des marqueurs circulants, Casis des logiciels de scanner et d’IRM spécifiques de l’ICFEP, construits par deep learning (apprentissage profond), BioSerenity, un T-shirt connecté intégrant des capteurs de mesure continue de paramètres physiologiques spécifiques à l’ICFEP permettant un suivi en vie réelle, et Fealinx développera à partir des données collectées l’algorithme de diagnostic par machine learning (intelligence augmentée).

JSH. - Les cinq centres experts de l’AP-HP (Bichat, Henri-Mondor, Lariboisière, Pitié-Salpêtrière et hôpital George Pompidou) recruteront 500 patients qui seront inclus dans l’étude clinique et bénéficieront chacun d’une journée de bilan complet à l’hôpital et d’un suivi. Plusieurs centaines de paramètres seront ainsi recueillis pour chacun, puis analysés et recoupés grâce à l’intelligence artificielle. Nous réaliserons des mesures uniques au monde. L’Institut Langevin de l’Inserm, reconnu au niveau international pour son expertise sur les ultrasons biomédicaux, développe notamment un nouvel outil de mesure de la rigidité cardiaque, qui pourrait être déterminante dans l’ICFEP.

Quels bénéfices peut-on attendre du projet PACIFIC pour la qualité de vie des patients et le système de santé ?

JSH. - Cette étude prospective nous permettra de recueillir des données exhaustives et de réaliser des analyses et des corrélations nouvelles pour comprendre la maladie. Nous pourrons ainsi stratifier les patients selon leur niveau de risque, mieux orienter et traiter ceux qui en ont le plus besoin, et alléger la surveillance de ceux qui sont le moins à risque. Les résultats de ce projet nous aideront à mieux cibler les patients dont la vie pourrait être améliorée par les médicaments déjà existants, et ouvriront la voie au développement de nouveaux traitements personnalisés pour chaque sous-population.


Insuffisance cardiaque à fraction d'éjection proposée : lancement de l'étude PACIFIC